Pour les pauvres cadres de direction, la vie n’est pas un long fleuve tranquille : plans sociaux, fusion, restructuration, délocalisation, réduction des coûts, voici les donjons et les dragons qu’ils doivent affronter sans discontinuer. Avec, cerise sur le gâteau, la dernière mode du « bossnapping » : car il ne se passe pas de semaine où les media ne nous relatent la séquestration dans leur entreprise de cadres et de patrons, français ou étrangers (3M, Sony France, Molex, Caterpillar…). Dans un imaginaire qui n’a pas disparu, les cadres dirigeants, comme les chevaliers d’antan, représentent leur seigneur -l’entreprise, les grands patrons- mais doivent aussi assistance et soutien au peuple – les ouvriers et employés qui n’ont pas les moyens de se défendre seuls. Nul doute que les cadres de direction qui auront à gérer des plans de licenciement collectif ne soient remplis de la crainte légitime d’avoir à affronter la violence sociale (car lorsque ce soutien fait défaut, le « peuple », en France, se révolte et se défend par lui-même).

A tous ceux-ci, et pour leur donner du courage, nous rappelons que le manager est une sorte de héros des temps modernes même si c’est souvent malgré lui.  Certaines sociétés de conseil ne leur offrent-elles pas des séminaires initiatiques et de ressourcement, dans l’accomplissement du « voyage héroïque du dirigeant » ? D’autres ne les aident-elles pas à retrouver « le prince qui sommeille en eux » ? La théorie du « manager héros » s’adosse à celle de l’anthropologue américain Joseph Campbell pour qui, dans toutes les cultures humaines, le héros est le prototype de la personne poursuivant une quête spirituelle, en entreprenant un voyage intérieur semé d’embûches, à la recherche de ses propres ressources et de son identité réelle. La comparaison héros / manager n’est pas si incongrue qu’il y paraît. De plus en plus souvent, l’ensemble des contraintes qui pèsent sur les épaules du manager transforment sa fonction en mission.

Lorsqu’une crise ou la nécessité d’un changement profond surviennent, le manager va s’engager dans l’aventure en laissant derrière lui ses certitudes et ses acquis. Il traversera des phases de profonde remise en question. La solitude et la peur seront son lot comme elles le sont du héros. Alphonse Daudet ne disait-il pas « Ou serait le mérite, si les héros n’avaient jamais peur ? ». Les épreuves dont il triomphera auront valeur initiatique. Et, lorsque « plein d’usage et raison », il sortira de l’aventure, ce sera pour partager ce qu’il aura appris avec ses collègues et collaborateurs.

 Car le but ultime de la quête héroïque n’est pas seulement l’épanouissement personnel, il est d’ouvrir la voie pour tous à de nouvelles visions au bénéfice de la transformation de la société. Laissons Campbell conclure par cette exhortation qui s’adresse au héros et pourrait s’adresser à nous : « Encore et encore, vous êtes appelés à l’aventure, vous êtes appelés vers de nouveaux horizons. Chaque fois, c’est la même question qui se pose : vais-je oser ? Et alors, si vous osez, les dangers seront présents et l’aide viendra aussi et l’épanouissement et le fiasco. Il y a toujours la possibilité de l’échec. Mais il y a aussi la possibilité du bonheur. »

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