Des kilomètres de thèses, livres, conférences ont été écrits sur la communication. On sait, depuis Watzlawick, qu’on « ne peut pas ne pas communiquer ». Ne pas communiquer est déjà une forme de communication qui nous renseigne sur les intentions des gens. Chacun, aujourd’hui, et les dirigeants ou managers mieux que quiconque, est bien conscient de la nécessité de communiquer.

Pourtant, pas un diagnostic social qui ne montre une attente inassouvie de communication de la part de chaque niveau hiérarchique vers le niveau supérieur ou collatéral ! Les frustrations se manifestent en fonction du contenu (qualité et fréquence de l’information) jugé souvent insuffisant ou inapproprié et au regard de la relation (comportement caractérisant l’interaction mise en jeu dans toute communication) jugée souvent impersonnelle, utilitaire, « fausse ».

En s’observant soi-même, que constate-t-on?

Communiquer, ça prend du temps, c’est du boulot. Ca me demande trop d’énergie et je ne consomme cette énergie que si ça me rapporte suffisamment.

Je ne peux pas transmettre une information que je n’ai pas, qu’on n’a pas pensé utile de me communiquer. Encore faudrait-il que je me préoccupe de me procurer cette information !

Informer telle personne ou telle catégorie d’interlocuteur (personnel, client, prestataire…) ? Et pourquoi donc ? Je n’y ai même pas pensé ! Cette personne là ne rentre pas dans le champ de mes préoccupations (communication sélective).

Il n’a pas besoin de savoir ça ! A quoi ça va lui servir ? Va-t-il même le comprendre ? En toute bonne foi, je pense pour l’autre que telle information ne lui sera pas utile et qu’elle ne va pas lui manquer.

Si je raconte ça, ça va avoir un impact désastreux, il(s) va/vont paniquer. Cette raison rejoint la précédente : on sous estime la capacité de la personne ou d’un groupe à « encaisser » une mauvaise nouvelle.

Cette information me donne une mesure d’avance, je ne la communique pas pour garder cette mesure d’avance. Ou, cette information est stratégique, tant que je suis le seul à la connaître, je peux manœuvrer mes pions plus commodément

Moins j’en dis, mieux je me porte. Moins on en sait sur moi, moins on peut m’atteindre, plus ma marge de manœuvre est grande. Cette raison rejoint la précédente.

Je ne peux pas lui dire ça, il risque de se sentir remis en question voire même humilié. Je préfère mentir par omission

Chacune des raisons précédentes nous parait valable lorsque nous sommes en position « d’émetteur » de la communication. Bizarrement, aucune ne nous parait justifiée lorsque nous sommes en position de « récepteur ». Cela devrait nous amener à nous poser quelques questions !

Par opposition à tous ces freins, qu’est-ce qui pourrait augmenter le niveau et la qualité de la communication entre les gens dans l’entreprise ? Quels seraient les principales caractéristiques d’un homme communiquant ?

Quelqu’un qui a d’abord spontanément de la sympathie et de la considération pour les gens qui l’entourent. Qui a aussi suffisamment d’énergie personnelle et de respiration dans son travail pour trouver le temps de passer un coup de fil, de franchir le couloir pour rencontrer un collègue, qui se dit d’emblée « cette information va l’intéresser même s’il n’en fait pas grand-chose, je ne crains pas de la partager parce que mon expertise et ma valeur ajoutée ne peuvent tenir dans la seule possession de cette information », et qui pense profondément qu’il enrichit son entourage – et donc son entreprise- en l’informant mieux, en libérant la parole, en favorisant les échanges et en développant la transparence.

Quelqu’un, en somme, qui saura instaurer une  » façon de vivre où les gens osent se communiquer les choses importantes, toutes les choses importantes, où ils se sentent le droit de parler comme des adultes, et non comme des enfants dissimulés » (*).

Nous avons assez spontanément tendance à nous sentir en phase avec ce personnage et à vouloir nous rapprocher de ce modèle. Dans ce cas, parions sur notre capacité à accéder au meilleur de nous-mêmes et ouvrons-nous à la remise en question de nos comportements.

Au contraire de quoi, inutile de continuer à nous plaindre de la mauvaise communication dans l’entreprise puisque nous y contribuons largement, consciemment ou pas.

(*) Jules Romain (sur la démocratie)

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